Première intégration de chiens de protection
dans un troupeau
Protocole de mise en place de deux chiots de protection
GUIDE 2018 du débutant - Méthode Hogan des Vents


LE CHIEN DE PROTECTION EN FRANCE : UN MAUVAIS DEPART QUI DURE DEPUIS 25 ANS

Le retour des chiens de protection en France a démarré sur de très mauvaises bases toujours à l’origine de nombreux problèmes dans le milieu rural.

Après l’arrivée du loup dans les Alpes, il y a 25 ans, les pouvoirs publics ont encouragé et financé partiellement l’acquisition de chiens de protection par les bergers.

La méthode de mise en place des chiots a été ramenée des Etats-Unis faisant suite aux travaux des Coppinger. Cette méthode simpliste s’est alors imposée comme une vérité universelle colportée de publication en publication jusqu’à nos jours. En France tout savoir-faire concernant les chiens de protection était perdu depuis plus d’une centaine d’années. La méthode Coppinger a donc été adoptée d’emblée. Elle consiste à faire naître des chiots en bergerie, pratiquement sans contact avec l’homme. Le chiot est ensuite isolé très jeune de ses semblables, vers deux mois, sous prétexte de créer un attachement au troupeau, la fameuse « fixation » de la méthode conventionnelle. La plupart du temps ce chiot sera placé dans un lot d’agnelles de son nouveau troupeau. Là encore sans contact avec son nouveau berger pendant les premières semaines suivant son arrivée et sans contact avec les autres chiens de la ferme pendant plusieurs mois.

Pour moi, cela n’est ni plus ni moins que de la maltraitance. Je suis d’ailleurs loin d’être le seul éleveur/berger choqué par le procédé. Les éleveurs vivent naturellement au contact de leurs animaux et ils les aiment avec passion (sinon je peux vous garantir qu’ils ne feraient pas ce métier). Leur expliquer qu’ils ne doivent pas toucher un chiot, sous prétexte de le rater, en laisse plus d’un sceptique. A mes débuts, et malgré le peu de connaissances que j’avais à l’époque, j’ai rapidement remis en cause cette façon de faire tellement elle me semblait peu naturelle.

Dans cette méthode les besoins fondamentaux des chiots sont totalement ignorés. Ce sont des besoins de jeu, de sécurité, de soutien, d’affection et de formation par les chiens adultes. Les chiots formés selon cette méthode se construisent sur la peur et non pas sur la confiance. Cette méthode produit des chiens difficiles à gérer y compris par leurs propres bergers.

Les chiots apprennent en imitant les chiens adultes d’où l’intérêt d’avoir des adultes compétents et bien éduqués pour les former. Lorsque les chiots sont élevés dans l’isolement avec uniquement des brebis, il est fréquent de les observer en train de manger du foin. Et tout le monde de trouver cela trop mignon, le chiot qui se prend pour un mouton. En fait il s’agit d’une vraie déviation comportementale. Les pauvres petits n’ont pas d’autres professeurs alors ils imitent les brebis. Mes chiots élevés dans la meute n’ont jamais mangé de foin au râtelier, et pour cause, ce ne sont pas des herbivores.

Il est important de rappeler que l’attachement au troupeau est un trait génétique et qu’il n’y a pas besoin de le créer, si on a bien sûr la bonne génétique ce qui est un pré requis pour un chien de protection. Cette particularité qui définit les chiens de protection est sélectionnée depuis des siècles par les bergers partout dans le monde, en même temps que la non agressivité envers l’humain.

Depuis toujours je défends une vision humaniste de l’élevage, par opposition à une vision mécaniste qui fait des animaux de simples outils à disposition des humains. Mes chiens sont mes compagnons de vie, je les respecte et en retour ils me respectent. Je suis le leader de ma meute de chiens de protection. Je la contrôle uniquement à la voix. La proximité que j’ai avec mes chiens depuis leur naissance n’entrave en rien leur capacité à protéger mon troupeau. Cela fait de nombreuses années que je n’ai pas de prédation bien que mon troupeau ait vécu 13 ans en zone de présence permanente du loup dans les Alpes de Haute Provence.

Il y a plus de 20 ans que j’ai entamé mes premières recherches sur les chiens de protection. Depuis j’ai établi des liens un peu partout dans le monde avec d’autres utilisateurs passionnés qui ont enrichi mon approche de leurs savoirs et de leurs expériences. Mon travail quotidien avec ma meute a abouti à la publication de mon livre sur le Montagne des Pyrénées en 2016 (pour plus d'informations, cliquez ICI).

Avec l’expérience des plus de 150 jeunes que j’ai placés au travail dans des troupeaux, j’ai affiné année après année ma réflexion sur la mise en place des chiots pour en arriver au protocole suivant, à ce jour en août 2018. Bien évidemment ma réflexion se poursuit en fonction de mes expériences et de mes rencontres et ce protocole est susceptible d’évolution.

Devant l’inquiétude des débutants, que j’observe régulièrement, et leur réelle volonté de bien faire avec leurs chiots, j’ai décidé de vous proposer un protocole très détaillé pour vous guider pas à pas. Ce protocole s’applique spécifiquement lors d’une première introduction de chiens de protection dans un troupeau chez des personnes qui n’ont aucune expérience des chiens de protection et dont le troupeau ne connaît pas non plus les chiens de protection.

Il est très important que les débutants en chiens de protection puissent communiquer avec une personne ressource aussi souvent que nécessaire. Il ne faut jamais attendre … avec l’espoir que les choses s’améliorent. Il faut intervenir rapidement dès qu’une question se pose que ce soit en termes de comportement ou en termes de santé.


LE CHIEN DE PROTECTION : UN BOULEVERSEMENT PROFOND DES SYSTEMES D’ELEVAGE

Introduire des chiens de protection pour la première fois dans un troupeau parce que des prédateurs comme le loup arrivent sur un nouveau territoire, ce n’est pas simplement ajouter des chiens dans un troupeau. C’est déjà avoir quatre ans de retard dans la mise en place des chiens. Quatre ans, c’est le temps minimum nécessaire à la formation des chiens et à leur découverte et maîtrise du territoire ou des territoires dans lesquels évolue leur troupeau.

Le processus est nettement plus compliqué qu’il n’y paraît de premier abord. L’utilisation de chiens de protection modifie en profondeur l’organisation du travail, de l’élevage et de la ferme. L’arrivée des chiens de protection est un véritable bouleversement dont les conséquences sont très lourdes pour les éleveurs et les bergers. Conséquences d’autant plus importantes que les éleveurs n’y sont pas du tout préparés.

Ces conséquences sont largement sous estimées par la plupart des participants au débat sur le retour du loup en France. La présence de chiens de protection entraîne une réelle surcharge de travail. Les chiens sont au quotidien une source inépuisable de tracas pour leurs propriétaires. Il y a un temps d’apprentissage et de découverte, à la fois pour les chiens et pour les hommes, et il est long. Malgré tout les chiens de protection restent le meilleur moyen de protéger nos troupeaux et même les prédateurs. Dans une situation où le rapport de force est équilibré entre meute de chiens et meute de loups, les confrontations directes sont rares. Les bergers ont besoin de chiens en bonne santé, équilibrés et efficaces au travail. Ces caractéristiques ne peuvent découler que d’une réelle sélection génétique qui fait aujourd’hui cruellement défaut en France. Les chiens quant à eux ont besoin de bergers qui les comprennent ce qui demande un lâcher prise inhabituel et difficile à acquérir d’autant plus que mythes et légendes erronés continuent de courir la campagne depuis 25 ans. C’est au naisseur d’assurer le suivi des chiots qu’il place.

Pour ma part je garantis le suivi à vie des chiots nés dans mon troupeau et je suis toujours disponible 7 jours sur 7 pour répondre aux inévitables questions des débutants en la matière.

Dans un avenir proche je prévois aussi de développer des formations à l’élevage, à la mise en place, à l’utilisation et à la réhabilitation des chiens de protection.

Respect, connivence, et collaboration sont les clés d’une coopération réussie entre chiens et humains. Les chiens de protection ne sont pas des outils, ils sont les compagnons des bergers. Il faut du temps pour qu’éleveurs et bergers se familiarisent avec le travail des chiens de protection et du temps pour que les chiens acquièrent de l’expérience. Avec le temps l’efficacité de l’entité « berger – troupeau – chiens de protection – chiens de conduite » s’améliore. D’après mon expérience personnelle cela demande une bonne dizaine d’années pour atteindre un équilibre, sélectionner les bons sujets, comprendre leur rôle, et apprécier à leur juste valeur ces incroyables chiens dits à juste titre de protection.


PROTOCOLE D’INTRODUCTION DE DEUX CHIOTS DE PROTECTION DANS UN TROUPEAU

Mon expérience personnelle m’a conduit depuis quelques années à ne plus placer de chiot unique sauf s’il y a déjà présent dans le troupeau un chien adulte capable de le protéger et de l’éduquer. Dorénavant je ne place plus que des paires de chiots.


Pourquoi deux chiots ?

Et bien non ce n’est pas pour me faire deux fois plus d’argent comme le racontent certaines langues de putes qui se reconnaîtront. Comme je perds déjà de l’argent chaque fois que je place un chiot au travail, j’en perds deux fois plus quand je place deux chiots. Voir l’article de 2017 intitulé « Marchand de chiens ou éleveur de patous sélectionnés, retour sur une vraie fausse bonne idée, faire de l’argent avec des chiens de protection »

Lorsque deux chiots partent ensemble ils affrontent leur nouvelle réalité avec beaucoup plus de sérénité. Ils peuvent se donner de l’affection, du support et du courage. Ils passeront beaucoup de temps à jouer ensemble ce qui les occupera et évitera qu’ils se concentrent à faire des bêtises pour passer le temps.

Chaque fois qu’un chien de moins de deux ans fait une bêtise c’est vous qui êtes le premier responsable de l’avoir mis en situation de faire la bêtise. Oui je sais c’est un peu dur à avaler quand on est débordé de travail par ailleurs (même pour moi) mais c’est la vraie réalité. Au final deux chiots c’est aussi deux fois plus de protection en un seul investissement temps.

J’encourage les éleveurs et les bergers à créer leur propre meute à partir de deux chiots de qualité. Sur ce sujet précis je vous renvoie à mon article de 2015 « Comment créer une meute de chiens de protection ». Citons également cet autre article de 2012 qui précise la façon dont j’élève mes chiots bien que cette façon de faire ait aussi évolué depuis « Expérience d’élevage de chiots Montagne des Pyrénées destinés à la protection des troupeaux ou à la compagnie ».

Je n’insisterai jamais assez sur le fait que les premières semaines de vie des chiots sont déterminantes pour leur bon développement et leur avenir de chiens de travail. La recherche scientifique a démontré que plus les stimulations sont importantes dans le jeune âge, plus le cerveau est développé. Et c’est effectivement ce qui est recherché chez le chien de protection qui doit être posé, réfléchi et capable d’initiatives pertinentes. Les chiens de protection doivent agir en connaissance de cause et non pas réagir de façon instinctive.

Concernant le choix des chiots, il n’y a aucun problème à ce qu’ils proviennent de la même portée. Cela est même un atout car les chiens se connaissent depuis leur naissance. Selon le niveau de prédation moyen ou fort, le choix s’orientera plutôt vers une paire frère/sœur ou un couple non consanguin mâle/femelle ou vers deux mâles.

Le recours à une paire de femelles atteint rapidement ses limites lorsque les chiennes ont leurs premières chaleurs. Elles sont alors moins concentrées sur le travail et peuvent même quitter le troupeau à la recherche d’un mâle. Pire, elles peuvent aussi attirer des mâles, qu’ils soient chiens ou loups. Dans ce cas de figure et à l’échéance d’une année lorsque les chiennes sont bien intégrées à la ferme il sera nécessaire d’introduire un mâle. Un mâle augmentera non seulement la puissance de protection mais il protègera aussi ses femelles de tout rival en les excluant du territoire. Un mâle a deux fois plus de bonnes raisons de repousser les prédateurs car il défend son troupeau et il défend aussi ses femelles et les chiots de la meute. La présence d’un mâle entier est par ailleurs un élément structurant dans le développement des chiots. J’ai abordé dans mon livre les sujets de la castration des chiens et du contrôle des naissances que je ne développerai pas ici.

Enfin deux chiots c’est pour qu’ils travaillent ensemble en équipe et tout le temps et non pas pour envisager de les séparer plus tard pour protéger deux lots différents ce qui serait une source de stress extrême pour eux avec une efficacité très discutable.


Le chien de protection "idéal", c'est à ses débuts 

  • Un chiot né et élevé dans une meute de chiens, composée au minimum de son père et de sa mère;
  • Un chiot manipulé régulièrement par son naisseur;
  • Un environnement stimulant et des contacts avec des animaux de différentes espèces ;
  • Les chiots doivent pouvoir bénéficier de l’encadrement et de la formation donnés par les adultes de la meute. Pour des raisons de coût de production et d’efficacité, un placement à 3 mois est un optimum. Les chiots, de par leur taille, font aussi moins peur aux brebis que des chiens adultes et ils savent naturellement se faire accepter. Cela se solde parfois par quelques coups de tête ou de cornes. Il faudra donc rester vigilant afin d’éviter qu’ils ne soient blessés.
  • Tout placement de chiot dans un troupeau devrait être précédé d’une enquête auprès de l’éleveur afin de vérifier que les conditions de succès sont bien remplies. Rien ne sert de placer des chiens dans une situation où ils seront inévitablement mis en échec. Je n’élève pas mes chiots avec passion et Amour pour les envoyer au casse-pipe.
Un jeune chien de protection doit être considéré comme un chiot en apprentissage pendant ses deux premières années en présence de chiens adultes capables de le protéger et de l’éduquer. Sans chien adulte présent, ce qui est le cas pour une première introduction, ce temps d’apprentissage est plutôt de trois ans avant que les chiens ne soient totalement opérationnels. Démarrer avec des chiens adultes est peu réaliste car ils sont très rares à se retrouver sur le marché. D’après les expériences que j’ai pu suivre cela se solde souvent par de nombreux problèmes. Démarrer avec des chiots me semble de très loin le plus efficace et le plus sûr.

Il est clair que cela demande au berger un investissement en temps incontournable car ce sera lui le professeur des chiots. Sans disponibilité pour éduquer des chiots il vaut mieux ne pas en prendre. Quitte à avoir les inévitables inconvénients des chiens de protection, il vaut mieux aussi pouvoir profiter de leurs avantages. Un chien mal éduqué c’est beaucoup de problèmes pour guère voire pas du tout d’avantages.

Il ne faut pas attendre d'un chiot qu'il ait un comportement de chien adulte. Tout comme pour les chiens de conduite, les chiens de protection ont besoin d’acquérir une certaine maturité et tous ne vont pas se développer au même rythme. Ils sont susceptibles de faire des erreurs et c'est normal. C’est au berger de leur enseigner les bons comportements. Les jeunes chiens ne doivent pas être laissés seuls avec des agneaux avant l'âge de deux ans. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne doivent pas être mis en contact avec des agneaux et leurs mères. Mais ce sera alors sous la supervision constante de leur berger afin de corriger leur comportement si nécessaire.

Les chiots peuvent jouer avec les agneaux qu’ils considèrent comme des compagnons de jeu car ils ont la même taille ou sont plus petits. Néanmoins les agneaux n’ont pas les codes canins pour dire STOP lorsque le jeu va trop loin. Sans présence humaine le jeu peut alors dégénérer et aller jusqu’à la mort de l’agneau. La plupart du temps ce sont des oreilles ou des queues qui seront arrachées, témoignage du fait que le chiot seul s’ennuie. Bien que cela soit beaucoup moins fréquent de tels jeux peuvent aussi se produire avec une paire de chiots notamment à l’adolescence. La vigilance reste de mise.

C’est aussi la raison pour laquelle les chiots doivent pouvoir régulièrement jouer avec leurs congénères, chiens de conduite et chiens de compagnie et de chasse de leur ferme. Cela leur permet de se décharger de leurs excédents d'énergie et de développer des relations sociales avec leurs semblables, ce qui participe à leur bon équilibre mental. Un chien de protection fera parfaitement la différence entre les chiens de sa ferme et les chiens étrangers susceptibles d’attaquer son troupeau.

En termes de maniabilité du chien beaucoup se joue pendant le premier mois de présence au nouveau troupeau. Il est particulièrement important de consolider pendant cette période la relation « chiots – berger - troupeau » à travers des exercices simples.


LISTE DES EXERCICES A REALISER AVEC LES CHIOTS

Durant les premières semaines il faut limiter les contacts des chiots aux personnes présentes très régulièrement sur la ferme : famille, amis, salariés.

Les chiots ont besoin de jouer tous les jours, au moins deux fois par jour, matin et soir. Ils le feront avec les autres chiens de la ferme, entre 30 minutes et une heure, matin et soir. Jouer c’est une façon d’apprendre à se battre et c’est absolument nécessaire dans le cas des chiens de protection.

A leur arrivée, les chiots seront placés dans une case en bergerie ou dans la pâture. Ils y trouveront un abri, de la nourriture et de l’eau. Je conseille de les mettre en présence de brebis adultes non suitées ou de béliers. Ils devront rapidement être présentés à tous les animaux de la ferme, tout comme vous présentez une personne à une autre personne.

Les maintenir dans cette case pendant 24 à 48 heures avant de leur laisser la possibilité de sortir et de rentrer dedans à leur convenance par une trappe. Pendant ces deux premiers jours il faudra les sortir régulièrement de leur case, pour qu’ils fassent connaissance avec vous et pour les laisser faire leurs besoins et découvrir leur nouvel environnement. Cette case comportera un toit car les chiots sont les champions de l’évasion particulièrement les patous. Ils apprennent très vite à grimper par-dessus les claies, il faut donc pouvoir les contenir en sécurité pendant ce temps d’adaptation.

Les chiots doivent être contenus dans des filets à moutons électrifiés dès leur arrivée que ce soit en prairie ou dans un parc de bergerie. Il est très important de les maintenir dans un lieu sécurisé pendant les premiers jours afin qu’ils ne puissent pas s’échapper. Le respect de la clôture électrique devrait leur avoir été enseigné sur leur lieu de naissance.

Les nouveaux maîtres ne sont que des étrangers pour les chiots qui arrivent. Il faut un minimum de temps pour qu’ils fassent connaissance. Au début ils n’ont aucune raison de vous faire confiance et de venir vers vous. C’est tout à fait normal. Il n’y a pas de raison de s’en inquiéter s’ils proviennent d’un élevage où ils auront été correctement socialisés et sociabilisés.

Règles de base

  1. Faites voyager les chiots prés de vous et dans de bonnes conditions. C’est le premier contact qu’ils vont avoir avec vous et il doit être bon. A leur arrivée sur la nouvelle ferme leur mettre un collier avec une médaille portant votre numéro de téléphone.
  2. Interdire aux chiots de mordre les humains et même de mordiller. La même règle s’applique à tous les autres animaux de la ferme sauf les chiens.
  3. Interdire aux chiots de sauter sur les gens. Ils doivent toujours avoir quatre pattes au sol. Il est IMPERATIF que les chiens ne sautent pas les clôtures. Pour cela la combinaison quatre pattes au sol + clôture électrifiée est très efficace.
  4. Travailler le rappel à la voix sur un ordre précis de votre part et toujours le même, par exemple « SON NOM viens ici s’il-te-plaît ». Vous pouvez commencer en vous tenant très proche des chiots et puis augmenter la distance. Toujours féliciter chaleureusement les chiots quand ils exécutent l’ordre. J’explique dans mon livre sur le Montagne des Pyrénées tout l’intérêt du « s’il-te-plaît ».
  5. Apprendre aux chiots à cesser d'aboyer sur un ordre précis de votre part et toujours le même, par exemple « SON NOM veux-tu bien te taire s’il-te-plaît ». Les chiots doivent se taire une fois que vous avez identifié la raison pour laquelle ils aboient. Toujours féliciter chaleureusement les chiots quand ils exécutent l’ordre.
  6. Prévoir des bouts de bois et des gros os crus (jamais d’os cuit à un chien) afin que les chiots s’amusent et leur interdire tout autre objet pour le jeu notamment des chaussures ou encore des bouts de tuyaux ou des cordes. Pour leur arrivée vous pouvez prévoir quatre gros os de bœuf pour les occuper et les distraire. Plus d’os que de chiots pour ne pas commencer à créer de concurrence entre eux.
  7. NE PAS LAISSER des chiens de moins de 2 ans seuls et sans surveillance avec des agneaux, même s’ils sont en paire.
  8. Pas d’exercice violent ou soutenu avant l’âge de 2 ans sous peine de « casser » les chiens. La croissance des chiens de protection est lente, elle se termine vers 4/5 ans. Il faut la préserver pendant la phase de croissance importante qui a lieu les deux premières années. Les chiens effectuent d’abord une croissance en hauteur avant de s’étoffer les années suivantes. C’est la tête qui se modifiera en dernier.
Utiliser le grognement ou le « non » pour tout ce qui est interdit. Les chiots élevés dans une meute et déjà cadrés par des chiens adultes répondent très bien au grognement.

Pendant les exercices qui suivent, les chiots doivent être encouragés et chaleureusement félicités. Il faut les encourager lorsqu’ils font bien et ne pas les gronder s’ils commettent des erreurs. Ils sont en apprentissage et il est normal qu’ils commettent des erreurs. Tous les exercices que je propose sont à réaliser en douceur et sans brutalité. L’histoire de la dominance est totalement dépassée, vous n’avez pas à dominer ou à contraindre vos chiots et vos chiens pour leur montrer que vous êtes le chef. C’est par le respect que vous deviendrez leur leader ce qui est tout à fait différent et bien plus plaisant je peux vous le garantir.

Si pour une raison ou une autre vous êtes tendu ou énervé ou anxieux, il vaudra mieux reporter la séance d’éducation au lendemain. Si vous êtes stressé cela se transmettra aux chiots, et un chien stressé ne peut rien apprendre.

Vous trouverez en ANNEXE de ce texte une proposition de calendrier d’exercices, établi jour par jour, pour les quatre premières semaines suivant l’arrivée des chiots sur votre ferme. Ce calendrier permet de mettre en place une progression dans la complexité des exercices. Il doit être adapté à l’environnement et aux contraintes propres à chaque exploitation. Il vous donne une ligne directrice que vous pourrez modifier à votre convenance.


Exercice 1 : Accepter les manipulations corporelles

Ces manipulations ont pour but de désensibiliser les chiots afin de les rendre facilement manipulables en cas de besoin, une blessure à examiner par exemple ou le contrôle des chaleurs chez une chienne.

Chaque chiot sera pris dans les bras ou posé en hauteur. Ensuite vous allez serrer chacune des extrémités de ses quatre pattes de façon à lui faire sentir une pression. Mettre un doigt dans chaque oreille. Toucher le bout du museau. Ouvrir la gueule en grand (très utile le jour où vous aurez un cachet à faire avaler au chien). Tapoter sur toute la longueur du dos et étirer légèrement la queue, la soulever, et introduire pendant cinq secondes un thermomètre dans l’anus. Tapoter le dessous du ventre et toucher les organes génitaux.

Ces manipulations seront réalisées pendant les deux premières semaines, une fois le matin et une fois le soir, par les personnes que les chiots auront à fréquenter très régulièrement.


Exercice 2 : Apprendre à marcher en laisse

La marche en laisse s’apprend en deux étapes. Pendant la première semaine vous laisserez le chiot se promener avec la laisse simplement attachée au collier. Elle trainera donc derrière lui. La deuxième semaine vous commencerez à diriger le chiot en laisse.

Chaque séance d’apprentissage durera 5 à 10 minutes. A la fin des séances on retire bien évidemment la laisse pour que le chiot ne risque pas de se coincer quelque part. Vous ferez au maximum deux séances par jour afin de ne pas lasser vos chiots.

Une fois que les chiots savent marcher en laisse, vous pouvez profiter de l’exercice pour leur faire découvrir les limites de vos champs ou de la propriété. C’est aussi une façon de créer le lien entre vous.


Exercice 3 : Accepter d'être mis à l'attache

Quand les chiots ont appris la contrainte de la laisse il faut leur apprendre à rester à l’attache. Cela s’enseigne de façon progressive en utilisant une chaine de trois mètres au moins et en fixant un tourillon au collier de façon à éviter que la chaine ne s’entortille. Vous commencerez par 5 minutes à l’attache en restant avec eux pour les rassurer. Dans les séances suivantes vous augmenterez progressivement la durée d’attache à 10, 15, 20, 30, 40, 50 et 60 minutes. Lorsque les chiots peuvent rester une heure à l’attache en restant tranquilles, l’exercice est acquis.

Il est toujours utile de pouvoir mettre ses chiens en sécurité, par exemple si une chienne est en chaleur ou si vous devez manipuler le troupeau avec des personnes inconnues comme au moment de la tonte.

L’attache ne doit pas être comprise par le chien comme une punition. Il faut toujours les féliciter de leur bon comportement dans l’exercice demandé. Je ne suis personnellement pas adepte de la récompense par la nourriture et je ne l’utilise pas. Je préfère féliciter mes chiens chaudement et les remercier par une caresse ; mais si cela vous parle un petit bout de saucisson ou de fromage peut aussi constituer une forme de récompense pour un exercice réussi.


Exercice 4 : Monter et descendre de voiture

Il est utile que les chiens de protection puissent être déplacés en voiture, ne serait-ce que pour aller au cabinet vétérinaire en cas de besoin. Quand ils sont encore petits, il faudra les porter pour les monter et les descendre de la voiture afin d’éviter qu’ils ne se blessent.

Leur apprendre un ordre pour monter et un ordre pour descendre. Ce dernier ordre indiquera au chien qu’il ne doit descendre qu’après l’avoir entendu et pas simplement lorsque la portière s’ouvre.


Exercice 5 : Découvrir le monde extérieur

Pour le bon développement mental et émotionnel de vos chiots ils doivent absolument découvrir des situations variées dans des milieux différents du troupeau. Je vous encourage en particulier à leur faire découvrir le milieu urbain avec ses parking goudronnés, ses routes, ses feux rouges, tous les bruits de la ville et ses habitants divers et variés.

Ces exercices seront ici encore limités à 5-10 minutes selon la maturité des chiots. Lorsque les chiots sont capables de se promener en laisse dans un lieu urbain fréquenté sans éprouver de crainte, l’exercice est acquis.


Exercice 6 : Découvrir une habitation humaine

La découverte de l’habitation des maîtres est aussi un exercice pour stimuler le développement des chiots et les habituer à rentrer dans des bâtiments destinés aux humains. Là encore il suffit de 5 à 10 minutes à chaque séance. Lorsque les chiots sont visiblement à l’aise dans la maison, l’exercice est acquis. Il pourra être renouvelé occasionnellement notamment lorsque les brebis sont en bergerie pendant la mauvaise saison.


ALIMENTATION DES CHIOTS

Tous mes chiots et mes chiens sont nourris matin et soir, et à volonté afin d’éviter de créer des compétitions et tensions inutiles au moment du nourrissage. Après chaque repas il doit rester des croquettes dans les gamelles. Mes chiens sont toujours nourris en dehors du troupeau afin de ne pas créer de concurrence ou de réactions de défense envers les brebis ou les chèvres qui raffolent des croquettes. Les chiots et les chiens adultes mangent ensemble. Je dispose mes gamelles de croquettes sur une seule ligne.

Les chiots doivent réaliser des croissances modérées. Ils ne sont pleinement adultes qu’à l’âge de trois/quatre ans. Il est très important d’utiliser un aliment de type 25 % de protéines et 15 % de matières grasses à distribuer en deux repas par jour. Ne donnez aucune complémentation en calcium mais vous pouvez par contre enrichir régulièrement les croquettes avec des oligoéléments qui participent activement à la construction de l’immunité et donc de la santé.


VERS UN CHIEN DE PROTECTION IDEAL

Pour un chien de race avec un patrimoine génétique connu, que le chiot naisse au milieu d’un troupeau n’est ni nécessaire ni suffisant. Cela est juste un facteur favorable parmi d’autres, dont une génétique connue et maîtrisée qui fait aujourd’hui cruellement défaut dans la population française des chiens de protection.

En termes d’efficacité de protection le résultat tient à la combinaison de 6 facteurs :

  • Le patrimoine génétique du chien
  • La méthode d’élevage du naisseur
  • La méthode de mise en place
  • Le travail des chiens en meute familiale
  • L’implication du berger
  • Le suivi du placement.

Si l’une des composantes est défaillante le résultat final sera tout aussi défaillant. L’impact du naisseur est déterminant dans l’expression du potentiel génétique.

Il faut que les programmes de sélection concernant les chiens de protection soient basés sur des données mesurables tant sur le plan de la morphologie, que de la reproduction et du comportement. Au même titre que ce qui existe pour toutes les autres espèces d’animaux de ferme.


DU CHIEN IDEAL A LA MEUTE DE CHIENS DE PROTECTION

Le nombre de chiens à utiliser pour protéger un troupeau est largement sous-estimé en France. Ce nombre dépend de plusieurs facteurs :

  • La race de mouton car elle influe directement sur l’instinct grégaire du troupeau. Certaines races comme les Mérinos restent bien groupées d’autres comme les Préalpes du Sud ont tendance à s’éparpiller compliquant de ce fait la tâche des chiens et nécessitant alors la présence de plus de chiens ;
  • La taille du troupeau. Plus le troupeau est important, plus la surface qu’il occupe au sol augmente les opportunités de prélèvement des prédateurs. Ils savent détecter les points de faiblesse dans le système de protection des chiens, particulièrement pendant les grands déplacements du troupeau ;
  • La topographie du pâturage et sa nature (prairie ouverte, forêt, montagne, plaine) plus ou moins favorables à une approche discrète des prédateurs ;
  • Le comportement des prédateurs notamment des meutes de loups et le nombre de loups dans la meute qui peuvent mettre une pression plus ou moins forte sur le troupeau. Les loups apprennent à attirer les chiens loin du troupeau pour les tuer et parfois même les consommer ;
  • La disponibilité en proies sauvages pour les prédateurs ;
  • Les types de prédateurs présents (loup, ours, lynx, chiens errants ...);
  • La présence de femelles non stérilisées dont les chaleurs peuvent créer du désordre parmi les chiens de protection mâles et même attirer les loups ;
  • Les caractéristiques comportementales des chiens de protection diffèrent d’un individu à l’autre. Les connaître permet de constituer le groupe de chiens complémentaires face à une prédation prévisible.

Il y a bien souvent plus de différences entre les individus « chien » qu’entre les races bien que ces dernières puissent être complémentaires dans leur comportement.

Donner un nombre précis de chiens nécessaires à la protection d’un troupeau est un exercice difficile. Des années d’observations et d’échanges avec des collègues utilisateurs dans le monde entier m’ont conduit à proposer la ligne directrice suivante : 

  • 2 chiens adultes (de plus de 2 ans) pour un troupeau ovins viande < 100 têtes
  • 3 chiens adultes pour un troupeau de 300 têtes
  • 4 chiens adultes pour un troupeau de 500 têtes
  • 5 chiens adultes pour un troupeau de 700 têtes
  • 7 chiens adultes pour un troupeau de 1.000 têtes
  • 8 chiens adultes pour un troupeau de 1.200 têtes 
  • 10 chiens adultes pour un troupeau de 1.500 têtes

Le nombre des chiens peut être diminué ou augmenté selon des circonstances et un environnement qui restent propres à chaque troupeau. Néanmoins tomber en dessous de ces seuils ne peut garantir une protection efficace du troupeau et des chiens eux-mêmes face à des meutes de loups.

Pour l'équilibre de la meute et son efficacité il est bon qu'elle soit composée de mâles et de femelles de différents âges. Les anciens enseignent ainsi aux plus jeunes tout en assurant leur protection. Tout comme chez les loups, il existe chez les chiens de protection une culture de meute rassemblant un ensemble de savoirs et de connaissances. Dans une meute familiale cette culture est transmise de génération en génération. Un groupe de chiens de protection ne se connaissant pas n’est pas une meute, c’est simplement un groupe de chiens dont l’efficacité, à nombre de chiens égal, sera bien moins bonne.

Dès lors qu'un chien atteint l'âge de 5 ans il faut penser à son remplacement et intégrer un nouveau chiot. Pour moi la meute idéale est composée de la façon suivante : 

  • Un tiers des chiens doit être très expérimenté (chiens de plus de 5 ans). Ces chiens-là valent de l’or. Ils portent tout l’héritage culturel de la meute et sont à même de le transmettre aux plus jeunes
  • Un tiers doit être expérimenté (chiens de 2 à 5 ans)
  • Un tiers composé par les jeunes chiens en apprentissage (chiens de 3 mois à 2 ans).

EN CONCLUSION

La méthode que je présente dans cet article a largement fait ses preuves depuis plusieurs années. Pour ceux qui avaient auparavant utilisé la méthode « conventionnelle du chiot unique » puis testé celle-ci, ils m’ont tous témoigné que « c’était le jour et la nuit ». Les chiots deviennent des chiens équilibrés et sereins. La relation au maître est très agréable à vivre au quotidien.

Eduquer des chiots pour la protection des troupeaux n’est en définitive pas si compliqué mais demande un investissement en temps incontournable pendant une durée minimale de deux ans. L’apprentissage après trois mois sera d’autant plus rapide que les chiots auront été stimulés durant les trois premiers mois de vie par un contact permanent de la portée avec des chiens adultes compétents et entourés de l’affection de leur naisseur.

Avoir recours à une bonne génétique est essentiel. D’où l’intérêt de mettre en place des programmes de sélection « chiens de protection » qui font toujours défaut 25 ans après le retour du loup en France. J’ai fait la démonstration de l’efficience de mon programme de sélection en produisant génération après des générations des chiens dont le comportement au travail et la fiabilité sont hautement prévisibles. Cela m’a aussi conduit à éliminer des lignées dont les inconvénients étaient supérieurs aux avantages, par exemple dans le cas de chiens très aboyeurs.

Le succès réside toujours dans l’équilibre à trouver chez les chiens entre le mental, l’émotionnel et le physique. Les chiens de protection accomplissent chaque jour des prouesses en protégeant avec discernement leurs troupeaux, parfois au péril de leur vie. Les observer est pour moi une source d’émerveillement permanent. Et aussi un enseignement que j’essaie de transmettre afin que chiens de protection et éleveurs/bergers vivent dans la complicité et l’harmonie pour le plus grand bien de leurs troupeaux.

Ces deux premières années sont éprouvantes pour les débutants qui naviguent entre émerveillement absolu et désespoir le plus total en fonction du comportement de leurs chiots. D’où l’intérêt d’être encadré par un véritable expert du sujet capable d’analyser, de rassurer, de proposer et d’encourager.

Passé les deux premières années suivant l’introduction nouvelle de chiens de protection dans un troupeau, vous vous retrouverez avec deux chiens compétents à même d’éduquer une nouvelle génération de chiots. Et là le travail sera beaucoup plus facile pour vous car les chiens adultes prendront le relais. Ils deviendront les professeurs de vos nouveaux chiots. Vous n’aurez plus à intervenir que de façon très ponctuelle pour compléter leur éducation, les sociabiliser selon ce même programme, et les recadrer si nécessaire avec un grognement approprié. Vos agneaux naitront au milieu des chiens de protection et ils les considéreront comme partie intégrante du troupeau. Vos premiers chiots naitront au milieu de vos brebis et vous embarquerez pour une belle Aventure je vous le promets.

ANNEXE - Exemple de calendrier d’exercices à réaliser
pendant les quatre premières semaines suivant l’arrivée de chiots de trois mois
dans une nouvelle exploitation

Ces exercices peuvent être réalisés individuellement ou avec les deux chiots ensembles selon le cas.

A la fin de cette première séquence faire le point sur le comportement des chiots pour d’éventuelles suites à donner.

Ce texte ne peut être reproduit que dans son intégralité et en mentionnant son auteur, Mathieu Mauriès, et son site internet http://hogandesvents.nutritionverte.com.

© Mathieu Mauriès 2018